Déclarer ses plus-values crypto en France en 2026
Tutoriel complet pour déclarer ses plus-values crypto en France : prix total d’acquisition, formulaire 2086, cases 3AN/3BN et erreurs à éviter.

Déclarer ses plus-values sur cryptomonnaies en France est un sujet qui inquiète beaucoup d’investisseurs particuliers. La difficulté ne vient pas seulement de l’impôt lui-même, mais surtout de la méthode de calcul imposée par l’administration fiscale. Contrairement à une idée répandue, on ne raisonne pas simplement actif par actif avec une logique de prix d’achat unitaire. Pour les cessions imposables d’actifs numériques réalisées à titre occasionnel, la mécanique déclarative repose sur une approche globale du portefeuille, avec des règles précises sur le prix total d’acquisition, la valeur globale du portefeuille, les fractions de capital initial, les frais et les soultes.
Ce tutoriel détaillé a pour objectif de vous aider à comprendre cette logique étape par étape, afin de préparer correctement votre déclaration. Il s’adresse aux particuliers qui veulent remplir leur déclaration de revenus avec davantage de méthode, en particulier lorsqu’ils doivent compléter l’annexe 2086. Pour les cessions réalisées en 2025, l’administration met à disposition le formulaire 2086 millésime 2026 (CERFA 16043*07), dédié à la déclaration des plus ou moins-values réalisées en 2025 suite à des cessions d’actifs numériques. Cette annexe doit être jointe à la déclaration de revenus lorsqu’il existe des plus ou moins-values sur cessions d’actifs numériques.
Nous allons voir dans ce guide ce qu’est exactement le prix total d’acquisition, pourquoi il ne faut pas le confondre avec le coût des seuls actifs vendus, comment déterminer la valeur globale du portefeuille au moment de chaque cession, où reporter le résultat final dans la déclaration, et quelles sont les erreurs fréquentes qui reviennent le plus souvent. Vous verrez aussi le rôle du seuil d’exonération de 305 €, l’importance éventuelle du formulaire 3916-3916 bis pour les comptes détenus à l’étranger, ainsi que la distinction entre imposition forfaitaire et option pour le barème progressif.
L’objectif n’est pas de remplacer la notice fiscale ou un conseil personnalisé, mais de vous donner une méthode claire et rigoureuse, fidèle aux principes rappelés par l’administration. En matière de crypto et de fiscalité, une erreur de logique dès le départ peut fausser toute la déclaration. Mieux vaut donc bien comprendre les fondements avant de saisir les montants dans les bonnes cases.
Prérequis
- Être un particulier déclarant des cessions d’actifs numériques réalisées en 2025.
- Disposer de l’historique de ses achats, ventes, échanges et éventuelles soultes.
- Pouvoir reconstituer la valeur de l’ensemble de son portefeuille juste avant chaque cession imposable.
- Avoir accès à sa déclaration de revenus, à la 2042 C et, si nécessaire, au formulaire 3916-3916 bis.
- Conserver des justificatifs sur les frais de cession, les transferts entre supports et les comptes détenus sur des plateformes étrangères.
Matériel nécessaire
- Formulaire 2086 millésime 2026 (CERFA 16043*07)
- Déclaration complémentaire 2042 C
- Formulaire 3916-3916 bis pour comptes à l’étranger
- Historique complet des opérations crypto
- Relevé des frais de cession et des éventuelles soultes
- Inventaire des wallets, exchanges et stockages hors ligne
Étapes
Comprendre dans quels cas la déclaration s’applique
Avant de parler calcul, il faut savoir à quel moment vous entrez dans le champ de cette déclaration. Le formulaire 2086 sert à déclarer les plus ou moins-values réalisées suite à des cessions d’actifs numériques. Pour les cessions réalisées en 2025, c’est le formulaire 2086 millésime 2026 (CERFA 16043*07) qui doit être utilisé. L’annexe doit être jointe à la déclaration de revenus lorsque vous avez effectivement réalisé des plus ou moins-values sur ce type d’opérations.
Le point important est que la déclaration se raisonne à partir des cessions imposables. Il ne s’agit donc pas simplement de regarder si votre portefeuille a pris de la valeur sur le papier. Tant qu’il n’y a pas de cession entrant dans les règles fiscales applicables, la question du calcul de la plus-value déclarable ne se pose pas dans les mêmes termes. Une fois que vous avez des opérations concernées, en revanche, chaque cession doit être analysée selon la formule légale rappelée par l’administration.
Cette étape de qualification est essentielle, car beaucoup de contribuables se concentrent immédiatement sur les cours d’achat et de revente sans structurer leur historique. En pratique, il faut d’abord lister les cessions imposables de l’année, puis travailler cession par cession. Cette méthode permet d’éviter les doubles comptes, les oublis et les erreurs sur la chronologie des fractions de capital initial.
Autre point à garder à l’esprit : la déclaration se fait au niveau du foyer fiscal. Cela a une importance particulière pour le seuil d’exonération de 305 €, dont nous reparlerons plus loin. Il ne faut donc pas raisonner uniquement par personne ou par plateforme si plusieurs comptes ou supports sont rattachés au même foyer.
Identifier le bon formulaire et les bonnes cases

Pour la campagne déclarative 2026 portant sur les revenus et cessions de 2025, le formulaire de référence est le 2086 millésime 2026. Il sert à détailler les calculs des plus ou moins-values issues des cessions d’actifs numériques. Ce n’est pas un simple récapitulatif : sa structure reflète la logique légale du calcul, notamment avec les lignes liées au prix de cession, à la valeur globale du portefeuille, au prix total d’acquisition et aux fractions de capital initial.
Une fois le total annuel calculé sur cette annexe, vous devez reporter le résultat dans la déclaration complémentaire 2042 C :
- en case 3AN si vous constatez une plus-value globale ;
- en case 3BN si vous constatez une moins-value globale.
Si vous déclarez en ligne, l’administration indique que le montant saisi dans l’annexe 2086 alimente automatiquement la case 3AN ou 3BN. Cela ne dispense évidemment pas de vérifier la cohérence du résultat final, surtout si votre historique est complexe.
Le formulaire rappelle aussi qu’une option expresse et irrévocable pour le barème progressif est possible via la case 3CN de la 2042 C. À défaut, les plus-values des particuliers relèvent par principe du taux forfaitaire de 12,8 %, auquel s’ajoutent les prélèvements sociaux. Il faut bien comprendre que l’option pour le barème progressif est globale pour l’ensemble des plus-values d’actifs numériques du foyer fiscal. Ce n’est pas un choix opération par opération.
Enfin, si vous détenez des comptes d’actifs numériques auprès de plateformes situées à l’étranger, il faut également compléter le formulaire 3916-3916 bis en annexe de la déclaration de revenus. Cet aspect est très fréquemment oublié, notamment parce que de nombreuses plateformes crypto utilisées par les particuliers ne sont pas établies en France.
Bien comprendre le seuil d’exonération de 305 €
Le seuil de 305 € est probablement l’un des points les plus mal compris par les débutants. Le formulaire 2086 millésime 2026 rappelle expressément que si le total des prix de cession du foyer fiscal sur l’année est inférieur ou égal à 305 €, les cessions sont exonérées.
L’erreur classique consiste à croire que ce seuil s’apprécie sur le montant de la plus-value réalisée. C’est faux. Ce qui compte ici, ce n’est pas le gain net, mais bien le montant cumulé des prix de cession sur l’année au niveau du foyer fiscal. Une personne peut donc avoir très peu de plus-value mais dépasser le seuil si le montant total des cessions est supérieur à 305 €. À l’inverse, si le total des prix de cession reste dans la limite, les cessions sont exonérées, même si une plus-value existe en théorie.
Cette règle suppose une vigilance particulière dans le suivi annuel. Il faut agréger toutes les cessions concernées pour savoir si le foyer reste ou non dans le champ de l’exonération. Si vous utilisez plusieurs plateformes, plusieurs wallets et différents supports de conservation, vous devez consolider l’ensemble. Le seuil ne s’apprécie ni par compte, ni par exchange, ni par actif.
En pratique, ce seuil est surtout utile pour les très petits volumes de cession. Dès que l’activité devient un peu plus régulière, il est souvent franchi rapidement. Mais même dans ce cas, comprendre la règle reste indispensable, car elle peut éviter une erreur de déclaration ou un calcul inutile lorsque les cessions de l’année sont très limitées.
Maîtriser la formule officielle de calcul


Le cœur du sujet se trouve dans la formule officielle rappelée par l’administration :
Plus ou moins-value brute = Prix de cession – [Prix total d’acquisition × Prix de cession / Valeur globale du portefeuille].
Cette formule est fondamentale car elle montre immédiatement que l’on ne travaille pas comme sur un simple titre financier avec un prix de revient unitaire isolé. Le calcul repose sur une logique de portefeuille global. Autrement dit, pour chaque cession imposable, on affecte à l’opération une fraction du prix total d’acquisition du portefeuille, proportionnelle au rapport entre le prix de cession et la valeur globale du portefeuille au moment de la cession.
Sur le formulaire 2086 millésime 2026, cette logique se retrouve ligne par ligne. L’administration rappelle notamment, pour le déclarant 1, un calcul opérationnel reposant sur :
- 218 : prix de cession net des frais et soultes ;
- 223 : prix total d’acquisition net ;
- calcul : 218 – [223 × (217 / 212)].
Il ne faut pas se laisser impressionner par la numérotation des lignes. Derrière l’apparente technicité du formulaire, la logique reste toujours la même :
- déterminer la valeur globale du portefeuille juste avant la cession ;
- déterminer le prix de cession retenu ;
- déterminer le prix total d’acquisition net du portefeuille ;
- affecter une fraction de ce capital à la cession grâce au rapport entre le prix de cession et la valeur globale du portefeuille ;
- calculer la plus-value ou moins-value brute par différence.
Cette approche peut sembler contre-intuitive lorsque vous ne vendez qu’un seul actif parmi plusieurs. Pourtant, c’est précisément ce que prévoit la mécanique du formulaire 2086. C’est pourquoi les méthodes empiriques de type FIFO ou LIFO, courantes dans certains outils d’analyse, ne correspondent pas à la logique déclarative de cette annexe lorsqu’on raisonne au sens fiscal français tel que rappelé ici.
Définir correctement le prix total d’acquisition
Le prix total d’acquisition du portefeuille d’actifs numériques est un concept central. L’administration le définit comme la somme de tous les prix acquittés en monnaie ayant cours légal pour l’ensemble des acquisitions réalisées avant la cession, hors opérations d’échange ayant bénéficié du sursis d’imposition, à laquelle s’ajoute la valeur des biens ou services fournis en contrepartie de ces acquisitions, y compris les soultes versées le cas échéant.
Cette définition appelle plusieurs observations pratiques. D’abord, il s’agit d’un prix total d’acquisition du portefeuille, et non du coût d’achat du seul actif revendu. C’est la source de l’erreur la plus fréquente. Beaucoup de contribuables prennent le prix payé pour les unités vendues, comme ils le feraient pour une action ou pour un stock de biens homogènes. Or, dans le cadre du formulaire 2086, ce raisonnement est insuffisant, voire faux.
Ensuite, ce prix total d’acquisition doit être apprécié avant chaque cession, en tenant compte de l’historique antérieur. Si vous avez acheté plusieurs actifs à différentes dates avec des montants en monnaie légale, il faut agréger ces montants pour constituer le capital de référence. Mais ce capital n’est pas figé : il évolue notamment en raison des fractions de capital initial déjà consommées lors des cessions précédentes.
Il faut aussi prêter attention aux soultes. Le texte rappelé par l’administration indique que les soultes versées peuvent entrer dans la logique du prix total d’acquisition, tandis que des échanges antérieurs avec soulte reçue conduisent à une minoration du prix total d’acquisition, matérialisée dans le formulaire par les lignes 222, 262 et 322 selon les cas.
En pratique, pour travailler correctement, il est utile de reconstruire un tableau chronologique avec, pour chaque opération, la date, le type d’opération, le montant en monnaie légale, l’existence éventuelle de frais, la présence éventuelle de soultes, puis la mise à jour du prix total d’acquisition restant. Sans cette discipline, le risque d’erreur devient élevé dès que le portefeuille contient plusieurs actifs ou que plusieurs cessions ont eu lieu dans l’année.
Évaluer la valeur globale du portefeuille au bon moment
Le deuxième pilier du calcul est la valeur globale du portefeuille. L’administration la définit comme la somme des valeurs de tous les actifs numériques et droits s’y rapportant détenus juste avant la cession, quel que soit leur support de conservation : plateformes, y compris étrangères, wallets personnels, stockage hors ligne, etc.
Cette valorisation doit être faite au moment de chaque cession imposable. C’est un point capital. Vous ne pouvez pas utiliser une moyenne annuelle approximative, ni reprendre la seule valeur du compte depuis lequel vous cédez les actifs. Il faut reconstituer la photographie de l’ensemble de votre portefeuille juste avant l’opération concernée.
Concrètement, cela signifie que si vous détenez des actifs sur plusieurs exchanges, dans un wallet logiciel et sur un cold wallet, il faut prendre en compte tous ces supports. L’oubli d’un support, même passif, fausse directement le quotient de la formule. Si la valeur globale du portefeuille est sous-estimée, la fraction du capital affectée à la cession sera mal calculée, ce qui peut modifier le montant de la plus-value ou de la moins-value.
Cette exigence de valorisation globale explique pourquoi le suivi des transferts entre plateformes et wallets est si important. Un transfert interne entre vos propres supports ne doit pas être interprété comme une nouvelle acquisition ou comme une disparition d’actifs, mais il doit être correctement intégré dans l’inventaire global du portefeuille pour éviter une valorisation tronquée.
Sur le plan méthodologique, il est utile de conserver des captures, exports ou relevés permettant de justifier la composition et la valorisation du portefeuille à la date de chaque cession. Le formulaire n’exige pas nécessairement d’envoyer ces éléments en annexe dans tous les cas, mais ils peuvent être précieux si vous devez expliquer votre calcul.
Comprendre les fractions de capital initial
Les fractions de capital initial sont l’un des mécanismes les plus techniques du formulaire 2086 et l’une des principales causes d’erreur. Le millésime 2026 prévoit explicitement les lignes suivantes :
- 220 / 260 / 320 : prix total d’acquisition ;
- 221 / 261 / 321 : fractions de capital initial ;
- 223 / 263 / 323 : prix total d’acquisition net.
L’administration précise que les fractions de capital initial correspondent à la part du capital déjà consommée dans les cessions antérieures. Autrement dit, lorsqu’une première cession imposable a eu lieu, une fraction du prix total d’acquisition du portefeuille a déjà été rattachée à cette opération via la formule légale. Cette fraction ne peut plus être utilisée une seconde fois. Elle doit donc être retranchée pour les cessions suivantes.
L’exemple officiel rappelé par l’administration est très instructif : un achat de 1 000 €, puis une première cession de 450 € avec un portefeuille valorisé 1 200 €. La fraction de capital déduite est alors de 375 €. Lors d’une cession ultérieure, le prix total d’acquisition doit être diminué de ces 375 €.
Ce mécanisme évite qu’un même capital d’origine serve plusieurs fois à minorer plusieurs plus-values successives. Si vous oubliez de retrancher ces fractions, vous surévaluez le prix total d’acquisition restant et vous sous-calculez la plus-value ultérieure. C’est exactement le type d’erreur que l’administration a cherché à rendre plus visible dans la structure même du formulaire.
D’un point de vue pratique, il faut donc tenir un suivi séquentiel. Chaque cession modifie l’état du portefeuille fiscalement pertinent. Après chaque opération imposable, notez la fraction de capital déjà consommée, puis recalculer le prix total d’acquisition net pour la cession suivante. Cette discipline est indispensable dès qu’il y a plus d’une cession dans l’année.
Traiter correctement les frais et les soultes
Les frais et les soultes ont un impact réel sur le calcul, mais pas toujours à l’endroit intuitif. L’administration précise que le prix de cession correspond au prix réellement perçu ou à la valeur de la contrepartie. Ce prix :
- est majoré de la soulte reçue ;
- est minoré de la soulte versée ;
- peut être réduit, sur justificatifs, des frais de cession.
Le point technique le plus important concerne la place exacte des frais dans la formule. L’administration précise qu’ils n’entrent pas dans la diminution du quotient “prix de cession / valeur globale du portefeuille”. Autrement dit, les frais ne servent pas à réduire la fraction de capital affectée via le rapport de calcul ; ils ne diminuent que le premier terme de la formule, c’est-à-dire le prix de cession retenu pour la différence.
Cela signifie qu’une personne qui déduit les frais à la fois du prix de cession et du quotient introduit une erreur de méthode. Le résultat final peut être sensiblement faussé. Sur le formulaire 2086, cette architecture est précisément pensée pour éviter ce type de confusion, à condition de bien lire les intitulés des lignes.
Les soultes méritent aussi une attention particulière. Elles peuvent jouer dans deux directions :
- sur le prix de cession de l’opération concernée ;
- sur le prix total d’acquisition lorsqu’il existe des échanges antérieurs avec soulte reçue, auquel cas l’administration prévoit une minoration spécifique via les lignes 222, 262 et 322.
En matière documentaire, conservez les justificatifs des frais et des soultes. Sans trace exploitable, il devient beaucoup plus difficile de démontrer la cohérence du calcul en cas de question ultérieure.
Reporter correctement le résultat final
Une fois toutes les cessions de l’année traitées sur le formulaire 2086, vous obtenez un résultat global. Ce total annuel doit ensuite être reporté dans la 2042 C :
- en 3AN si le résultat global est une plus-value ;
- en 3BN si le résultat global est une moins-value.
En déclaration en ligne, l’administration indique que le montant calculé dans l’annexe 2086 alimente automatiquement l’une de ces cases. Même si le système effectue ce report, il est prudent de vérifier que le résultat correspond bien à vos propres calculs, surtout si vous avez plusieurs opérations ou des éléments techniques comme des frais et des soultes.
Concernant les moins-values, il faut retenir une règle importante : elles ne peuvent être imputées que sur les plus-values de même nature de la même année et ne se reportent pas sur les années suivantes. C’est un point sur lequel beaucoup de contribuables se trompent, parfois par analogie avec d’autres régimes fiscaux. Si vous constatez une moins-value globale à déclarer en 3BN, cela ne vous ouvre donc pas un droit de report pluriannuel pour les années suivantes dans ce cadre précis.
Enfin, si vous détenez un ou plusieurs comptes d’actifs numériques ouverts auprès de plateformes étrangères, le dépôt de la 2086 ne remplace pas l’obligation liée au 3916-3916 bis. Les deux sujets sont distincts et complémentaires : l’un porte sur la déclaration des plus ou moins-values, l’autre sur l’existence de comptes ouverts hors de France.
Mettre en place une méthode pratique pour éviter les erreurs
La meilleure façon de bien déclarer est d’adopter une méthode de travail rigoureuse. Commencez par centraliser l’historique complet de l’année et, si nécessaire, des années antérieures dès lors qu’elles influencent le prix total d’acquisition restant. Listez séparément les achats en monnaie légale, les cessions imposables, les échanges comportant des soultes, les frais de cession et les mouvements entre vos propres supports.
Ensuite, pour chaque cession imposable, reconstituez une fiche de calcul avec les éléments suivants :
- date de la cession ;
- prix de cession retenu ;
- frais de cession justifiés ;
- soulte reçue ou versée le cas échéant ;
- valeur globale de tout le portefeuille juste avant la cession ;
- prix total d’acquisition avant prise en compte des fractions déjà consommées ;
- fractions de capital initial déjà utilisées ;
- prix total d’acquisition net ;
- résultat de la formule.
Cette approche a plusieurs avantages. D’abord, elle permet de respecter la logique séquentielle de la 2086. Ensuite, elle aide à détecter immédiatement les incohérences, par exemple un prix total d’acquisition qui ne baisse jamais malgré plusieurs cessions, ou une valeur globale du portefeuille qui n’intègre pas certains wallets. Enfin, elle rend beaucoup plus simple le report des montants dans les lignes du formulaire.
Si vous utilisez un outil tiers de suivi fiscal, gardez un esprit critique. Certains logiciels reposent sur des méthodes de valorisation ou d’affectation qui ne correspondent pas exactement à la logique déclarative du portefeuille global telle que rappelée par l’administration. Le bon réflexe consiste toujours à vérifier si l’outil gère bien les fractions de capital initial, la valeur globale multi-supports et le traitement spécifique des frais et soultes.
En cas de situation complexe, mieux vaut prendre le temps de vérifier le raisonnement plutôt que de vouloir aller vite. En fiscalité crypto, les erreurs ne viennent pas seulement d’un mauvais chiffre, mais souvent d’une mauvaise structure de calcul.
Erreurs fréquentes & dépannage
A. Confondre “prix total d’acquisition” et “coût des seuls actifs vendus”
C’est l’erreur la plus courante. Le formulaire 2086 ne repose pas sur une logique de coût unitaire du coin cédé, mais sur le prix total d’acquisition de l’ensemble du portefeuille avant la cession.
B. Oublier de retrancher les fractions de capital initial
Après une première cession imposable, une partie du capital d’origine a déjà été utilisée. Si vous ne la retranchez pas, vous surévaluez le prix total d’acquisition restant et vous sous-estimez une plus-value ultérieure.
C. Mal calculer la valeur globale du portefeuille
La valeur globale doit inclure tous les actifs numériques détenus juste avant la cession, sur tous supports : plateformes françaises ou étrangères, wallets personnels, cold wallets, etc.
D. Déduire les frais au mauvais endroit
Les frais de cession sont déductibles du prix de cession, mais ils ne diminuent pas le quotient utilisé dans la formule. Les déduire à la mauvaise étape fausse le calcul.
E. Oublier les soultes
Les soultes peuvent modifier le prix de cession lors de l’opération et aussi affecter le prix total d’acquisition lorsqu’il existe des échanges antérieurs avec soulte reçue.
F. Penser que le seuil de 305 € porte sur la plus-value
Non. L’exonération s’apprécie selon le total des prix de cession de l’année au niveau du foyer fiscal.
G. Oublier la 3916-3916 bis pour les plateformes étrangères
Cet oubli est fréquent alors qu’une grande partie des comptes crypto sont ouverts hors de France.
H. Croire qu’une moins-value se reporte sur les années suivantes
Dans ce régime, la moins-value ne s’impute que sur les plus-values de même nature de la même année et ne se reporte pas au-delà.
Astuces & pour aller plus loin
- Travaillez cession par cession, jamais seulement en fin d’année de manière globale et approximative.
- Conservez un tableau chronologique de suivi du prix total d’acquisition et des fractions de capital initial déjà consommées.
- Avant chaque cession, faites une photographie complète de la valeur globale du portefeuille sur tous vos supports.
- Gardez les justificatifs des frais de cession si vous souhaitez les déduire.
- Vérifiez séparément vos obligations de déclaration des comptes d’actifs numériques à l’étranger via la 3916-3916 bis.
- En télédéclaration, contrôlez quand même que le report automatique de la 2086 vers la 3AN ou la 3BN correspond bien à votre résultat.
- Si vous envisagez l’option pour le barème progressif en case 3CN, rappelez-vous qu’elle est globale pour l’ensemble des plus-values d’actifs numériques du foyer fiscal.
Questions fréquentes
Quel formulaire utiliser en 2026 pour déclarer des cessions crypto réalisées en 2025 ?
Il faut utiliser le formulaire 2086 millésime 2026 (CERFA 16043*07), prévu pour la déclaration des plus ou moins-values réalisées en 2025 suite à des cessions d’actifs numériques.
Où faut-il reporter le résultat calculé sur la 2086 ?
Le total annuel doit être reporté sur la 2042 C : en case 3AN si vous avez une plus-value globale, ou en case 3BN si vous avez une moins-value globale. En ligne, ce report est normalement alimenté automatiquement.
Le seuil de 305 € concerne-t-il la plus-value ?
Non. Le seuil d’exonération vise le total des prix de cession du foyer fiscal sur l’année, et non le montant de la plus-value.
Le prix total d’acquisition correspond-il au coût des seuls actifs que je vends ?
Non. Il s’agit du prix total d’acquisition du portefeuille avant la cession, selon la définition retenue par l’administration, et non du seul coût d’achat des actifs cédés.
Pourquoi faut-il retrancher les fractions de capital initial ?
Parce qu’une partie du capital a déjà été utilisée dans les cessions précédentes. Si vous ne retranchez pas cette part, vous utilisez deux fois le même capital pour minorer plusieurs opérations.
Que faut-il inclure dans la valeur globale du portefeuille ?
Tous les actifs numériques et droits s’y rapportant détenus juste avant la cession, sur tous les supports : exchanges français ou étrangers, wallets personnels, stockage hors ligne, etc.
Comment traiter les frais de cession ?
Les frais de cession peuvent, sur justificatifs, réduire le prix de cession. En revanche, ils ne diminuent pas le quotient utilisé dans la formule de calcul.
Les moins-values crypto peuvent-elles être reportées sur les années suivantes ?
Non. Elles ne peuvent être imputées que sur les plus-values de même nature réalisées la même année et ne se reportent pas sur les années suivantes.
Dois-je déclarer mes comptes crypto ouverts sur des plateformes étrangères ?
Oui, si vous détenez des comptes d’actifs numériques à l’étranger, vous devez aussi remplir le formulaire 3916-3916 bis en annexe de votre déclaration de revenus.
Puis-je choisir le barème progressif au lieu du taux forfaitaire ?
Oui, une option expresse et irrévocable est possible via la case 3CN de la 2042 C. Cette option est globale pour l’ensemble des plus-values d’actifs numériques du foyer fiscal.
Conclusion
Déclarer ses plus-values crypto en France demande surtout de bien comprendre la logique fiscale propre aux actifs numériques. Le point clé n’est pas de retrouver le coût exact des seuls coins vendus, mais de raisonner à partir du portefeuille global au moment de chaque cession imposable. Cela implique de maîtriser trois notions indissociables : le prix total d’acquisition, la valeur globale du portefeuille et les fractions de capital initial déjà utilisées lors des cessions précédentes.
Pour les cessions réalisées en 2025, le cadre déclaratif à utiliser en 2026 repose sur le formulaire 2086 millésime 2026 (CERFA 16043*07), avec un report du résultat en 3AN ou 3BN dans la 2042 C. Il faut également garder à l’esprit le seuil d’exonération de 305 € de prix de cession total annuel, l’absence de report pluriannuel des moins-values et, le cas échéant, l’obligation de remplir le 3916-3916 bis pour les comptes détenus à l’étranger.
En pratique, la meilleure stratégie consiste à documenter soigneusement chaque cession, à suivre l’évolution de votre capital fiscal au fil de l’année et à vérifier la cohérence de tous les montants saisis. Une déclaration crypto bien préparée est avant tout une déclaration méthodique.